« Les femmes peuvent s’autoriser à réussir » Elvire Blasset (EDHEC Master 2006)
Coach en leadership et fondatrice du podcast The Patronne, Elvire Blasset consacre aujourd’hui son énergie à accompagner les femmes dans leur carrière corporate. À travers son podcast, elle donne la parole à celles qui ont osé avancer, parfois malgré les doutes.
Découvrez notre conversation sur les freins invisibles, l’importance de l’influence et l’évolution des trajectoires professionnelles.
Rendre visible ce qui se cache derrière la réussite
Son podcast The Patronne est né d’un constat simple : derrière les parcours impressionnants se cachent toujours des moments de doute et de peurs. Et il est important de les montrer.
Elvire aime y recevoir des femmes aux trajectoires très différentes mais qui ont toutes un point commun : avoir osé faire quelque chose qu’elle trouve « impressionnant ». Lancer un projet, surmonter une épreuve, imaginer quelque chose d’audacieux. Mais surtout, elles acceptent de raconter l’envers du décor.
« Même les femmes qui ont l’air d’avoir tout compris se sont posées des questions. Elles ont douté, elles ont galéré. Et c’est important de le dire, parce que ça donne du courage à celles qui en ont besoin. »
Ces conversations permettent de partager des clés concrètes pour avancer et de rappeler une réalité souvent oubliée : la réussite n’est jamais linéaire.
Le frein le plus puissant à l’évolution des carrières : croire que c’est trop de sacrifices
Dans les nombreuses discussions qu’elle a avec des femmes en entreprise, un blocage revient très souvent.
« Pour beaucoup, ça paraît impossible d’avoir à la fois une carrière excitante et challengeante, avec des responsabilités, et une vie de famille équilibrée. »
Pas parce que les femmes ne s’en sentent pas capables, précise-t-elle, mais parce que le prix à payer semble trop élevé. Derrière l’idée de réussite se cache souvent celle du sacrifice : sacrifier sa vie personnelle, son couple ou les dîners en famille.
« Dans 95 % des conversations, la question est la même : est-ce que l’étape suivante ne va pas créer un déséquilibre trop important dans ma vie ? »
Pour Elvire, la solution passe dans un premier temps par les role models.
« Si on voyait plus de femmes qui réussissent tout en ayant une vie dont elles sont fières, et si elles expliquaient comment elles l’ont fait, ça donnerait à d’autres l’autorisation et le courage d’y aller. »
Mais Elvire insiste aussi sur un point essentiel : la réussite féminine ne doit pas systématiquement passer par l’entrepreneuriat !
« Devenir entrepreneure est souvent présenté comme la solution pour concilier indépendance et équilibre. Mais si toutes les femmes quittent les grandes entreprises, ce n’est pas viable. On a besoin de femmes dans les comités de direction et dans les comex. »
L’influence, le savoir-faire qui change tout
Elvire a identifié un moment charnière dans les trajectoires professionnelles, ce moment où les compétences qui permettent de réussir en début de carrière — travailler dur, produire des résultats, être fiable — ne suffisent plus pour franchir l’étape suivante.
« On peut être une excellente experte, avoir de très bons résultats, et rester bloquée. Parce qu’à un moment, ce ne sont plus les mêmes compétences qui comptent. »
Le mot clé est simple : l’influence.
Accéder à des postes stratégiques suppose de comprendre les dynamiques d’une organisation : les jeux de pouvoir, les écosystèmes de décision, et les priorités des différents acteurs.
« Il faut développer des relations au-delà de son cercle immédiat et comprendre les enjeux des autres. »
Un exercice avec lequel les femmes sont parfois moins à l’aise.
« On a tendance à penser que développer son réseau, c’est de la manipulation ou de la politique dans le mauvais sens du terme. Mais ce n’est pas ça. »
Pour Elvire, l’influence commence par l’écoute. Dans toute conversation importante, la première étape consiste à comprendre la perspective de l’autre : ses priorités, ses contraintes, ses résistances.
« L’autre doit sentir que tu as compris sa position. Ça ne veut pas forcément dire que tu es d’accord. Cela permet de créer une base de conversation»
Cette capacité à se connecter et à prendre de la hauteur transforme progressivement la posture professionnelle. On cesse de défendre uniquement ses propres projets pour chercher des convergences entre différentes visions. Et c’est souvent à ce moment-là que les opportunités apparaissent.
« Finalement, à un moment dans sa carrière, il faut déjà se comporter comme si on était à l’étape d’après pour pouvoir y accéder. »
Des carrières moins linéaires : savoir saisir les opportunités
Autre transformation majeure : la manière dont les carrières évoluent. Licenciements, reconversions, pauses parentales ou projets entrepreneuriaux… les trajectoires sont aujourd’hui beaucoup plus mouvantes.
« Aujourd’hui, ce n’est plus impossible de revenir en entreprise après une pause ou après avoir créé une entreprise ! »
La clé réside dans la manière dont on interprète ces moments de bascule. Dans son accompagnement, elle observe souvent que le premier travail consiste à changer le regard que les personnes portent sur leur situation, en sortant de la peur et la frustration. Parce que l’énergie change tout !
« Si tu pars du principe que personne ne te donnera ta chance, il y a peu de chances que ça se produise. Mais quand on est aligné avec ce qu’on veut vraiment, on devientpresqueun aimant à opportunités. »
Les trois réflexes à adopter dès le début de carrière
Si elle devait donner quelques conseils aux jeunes diplômées, Elvire en retiendrait trois :
- D’abord, observer et écouter. Au début de carrière, on n’a pas toujours la parole autour de la table. Plutôt que de le vivre comme une frustration, elle conseille d’en faire un temps d’apprentissage et développer sa capacité à « décoder » les intéractions.
- Ensuite, trouver des mentors : identifier des personnes capables de conseiller, d’ouvrir des perspectives ou de partager leur expérience.
- Enfin, aider les autres dès le départ. « On ne doit pas attendre d’avoir besoin d’aide pour partager soi-même son expertise. On peut déjà soutenir les générations suivantes. »
Car au fond, conclut-elle, l’ouverture aux autres, aux opportunités et aux trajectoires inattendues reste sans doute la compétence la plus précieuse.
Et avant de filer…
« S’ouvrir, rencontrer, connecter » : une philosophie qui résonne pleinement avec l’initiative Wo.Men d’EDHEC Alumni, un club dédié aux échanges, au partage d’expérience et à l’évolution des carrières féminines.
Rejoins le Club WO.Men EDHEC Alumni
Découvre l’épisode du podcast The Patronne avec Anne Geisert, Présidente d’EDHEC Alumni. Anne y partage un parcours de dirigeante construit sur le temps long, le collectif et une lucidité rare. Elle raconte comment, pendant des années, elle s’est auto-exclue des postes auxquels elle n’osait même pas prétendre — non par manque d’ambition, mais par doute sur sa légitimité à y arriver.
Comments0
Please log in to see or add a comment
Suggested Articles