Aurélie Sohier (EDHEC Master 2003) : « Transformer un parcours du combattant en parcours de vie »
À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, Aurélie Sohier raconte comment, de l’expérience intime au combat collectif, elle œuvre aujourd’hui à bâtir des solutions concrètes pour accompagner les familles et repenser les parcours de vie.
Ton parcours professionnel a profondément changé après la naissance de ton fils. Que s’est-il passé ?
J’ai eu un parcours assez classique au départ : plus de dix ans chez SFR, puis l’entrepreneuriat dans l’univers de l’entertainment. En 2018, tout a basculé.
Cette année-là a été très difficile sur le plan personnel. Mon fils Anatole est né avec des troubles du développement, et très vite j’ai compris qu’il y avait quelque chose de différent. Le diagnostic d’autisme est tombé quelques mois plus tard. Je me suis retrouvée face à une situation inédite pour moi : un problème sans solution immédiate. Jusqu’ici, j’avais toujours avancé avec l’idée qu’il y avait des réponses à tout. Là, il fallait accepter que ce ne soit pas le cas, et surtout trouver comment accompagner mon fils dans la durée.
Ce moment a été un vrai basculement. À la fois personnel, parce qu’il fallait repenser mon quotidien, et professionnel, parce que j’ai commencé à me demander comment donner plus de sens à ce que je faisais.
Comment cet événement personnel est-il devenu un engagement pour l’autisme ?
Au départ, je cherchais simplement des solutions pour Anatole. Mais très vite, j’ai découvert un système extrêmement complexe, fragmenté, dans lequel les familles sont souvent seules.
Ce qui m’a frappée, c’est l’ampleur des besoins et le manque de lisibilité. Il existe des dispositifs, mais ils fonctionnent en silos. Et surtout, il y a énormément de ruptures de parcours : des enfants qui ne peuvent pas entrer à l’école, ou qui en sortent faute de solutions adaptées. Certains restent des années sans prise en charge. En rencontrant d’autres parents, j’ai compris que mon histoire était loin d’être isolée, et que tout le monde n’avait pas les ressources pour naviguer dans ce système, monter des dossiers, anticiper les étapes.
Le déclic s’est fait là : je me suis dit que mes compétences d’entrepreneure et mon réseau pouvaient être utiles. J’ai repris une première structure à Lyon pour éviter sa fermeture. Progressivement, mon engagement personnel est devenu collectif. Je ne faisais plus ça uniquement pour mon fils, mais pour toutes les familles qui se retrouvent sans solution.
Avec Féora, quelle réponse concrète veux-tu apporter ?
Féora est né de cette conviction : il faut arrêter de penser en dispositifs isolés et construire des parcours cohérents.
Notre objectif, c’est d’éviter les ruptures. Aujourd’hui, les enfants autistes et leurs familles passent leur vie à “attendre” : une place, un accompagnement, une orientation. Nous, on veut combler ces temps morts, proposer des solutions intermédiaires et accompagner les familles dans la durée.
Concrètement, cela passe par la création de lieux hybrides, les Maisons Féora, qui réunissent accompagnement éducatif, thérapeutique et espaces de vie. Mais aussi par un travail de coordination entre les acteurs existants. On réfléchit également à des modèles économiques plus durables, pour ne pas dépendre uniquement des financements publics ou du mécénat, et garantir la pérennité des solutions.
Et puis il y a toute la partie sensibilisation. J’ai notamment lancé un festival d’humour solidaire, parce que je suis convaincue qu’il faut aussi changer le regard. Parler d’autisme autrement, de manière plus accessible, plus positive.
Au fond, mon ambition est simple : transformer ce qui est aujourd’hui un parcours du combattant en un véritable parcours de vie. Pour les enfants, mais aussi pour leurs familles.
Quel message veux-tu faire passer en ce 2 avril, Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme ?
J’aimerais inviter chacun à porter un regard plus bienveillant. Derrière un enfant qui crie ou qui semble “hors norme”, il y a souvent une famille qui fait de son mieux.
Et surtout, rappeler que chacun peut agir à son niveau. Que ce soit par un engagement, un don, du mécénat de compétences ou simplement en relayant des initiatives, tout compte. C’est collectivement que l’on pourra construire une société plus inclusive.
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