Amélie Poncelet, EDHEC BBA 2006, expatriée à Bangkok et responsable marketing dans un hôpital privé

Publié le 15/03/2019
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Propos issus de expatvalue.com

Amélie Poncelet, EDHEC BBA 2006, 35 ans, mariée, 3 enfants, vit à Bangkok depuis 10 ans. Son but (avec son petit-ami-devenu-mari) était de partir travailler en Asie. Ils ont cherché en parallèle. Lui a trouvé un VIE qui demandait un an de formation à Paris. De son côté, elle a décroché un CDD. Douze mois plus tard, ils partaient à Bangkok !

Une jeune diplômée à Bangkok

Je suis arrivée à Bangkok à 25 ans, un bac + 4, une expérience professionnelle limitée à quelques stages et un CDD. Mon envie était de trouver un poste de rêve en marketing/développement de produits dans une grande enseigne… Je me suis vite rendue compte que ni Chanel, ni Cartier n’avait besoin d’une petite Française, jeune diplômée, qui ne parlait pas un mot de thaï (depuis je peux me débrouiller pour la vie de tous les jours, mais impossible de travailler en thaï). J’ai donc changé de stratégie et inondé le marché de mon humble CV. Via l’annuaire de la chambre de commerce franco-thaï. J'ai aussi postulé sur des sites locaux d’offres d’emploi, mais moins de 5% des offres étaient pour des non-Thaï. Mes premières expériences furent mitigées, mais avec patience et détermination, de meilleures opportunités se sont présentées à moi.

Un poste en marketing : le Saint Graal

A Bangkok, le permis de travail et le visa compliquent les choses. Pour embaucher un étranger, la société doit lui donner un salaire minimum plus élevé que les salaires locaux. Il faut également qu’elle justifie que l’étranger ne prenne pas le poste d’un Thaïlandais. Pas de possibilité de faire des  « petits boulots ». Sans oublier, qu'il existe une liste de métiers interdits pour les étrangers.

Lorsque l'on travaille dans une entreprise Thaï, il faut être prêt à accepter six à dix jours de congés par an et des salaires souvent déroutants.

Certains secteurs recrutent beaucoup d’étrangers (informatique, finance, construction...). Mais pour travailler dans le marketing, c’est plus compliqué ; les obstacles majeurs résident dans  la langue, la culture et ses codes si différents.

Bangkok

En revanche, Bangkok est une capitale très cosmopolite. Les étrangers y sont fortement représentés et sont la cible d’un bon nombre d’entreprises. C’est dans ce contexte que j’ai trouvé mon emploi actuel.

"Je suis en charge du marketing d’un hôpital privé de Bangkok pour la communauté expatriée. Je vais y souffler ma septième bougie !

D’une part, je fais la promotion de l’hôpital. Notamment en tissant des liens avec les gros acteurs de la communauté expatriée (Ambassades, Chambres de commerces, Ecoles internationales, Associations…), mais aussi en organisant des événements et en sponsorisant d’autres. Je veille également à la visibilité de la marque en ligne et hors ligne. De l’autre, j’optimise l’expérience des patients au sein de nos services. J'identifie les failles et les corrige. En somme, je me rends également disponible pour les patients ayant besoin d’une assistance quelle qu’elle soit : interprétation, coordination, assurances.

Il m’est arrivé de devoir contacter des ambassades pour identifier un patient inconscient et localiser sa famille. Ou encore j'ai dû apporter mon soutien et accompagner des patients terrifiés en salle d’opération. Sans oublier, les heures passées à discuter avec des médecins et que je complétais par des recherches sur internet pour être certaine de bien comprendre un diagnostic compliqué. Cette démarche avait pour finalité d'expliquer correctement ce diagnostic à un patient ou à sa famille, une sorte de trait d'union. Les journées ne se ressemblent donc pas ! Je travaille principalement en anglais.

Cependant, je me demande souvent si ce fut un choix professionnel cohérent de partir à l’étranger juste après mes études. Mais je me dis tout aussi vite que sans l’expatriation, ma carrière était presque toute tracée. Je n’aurais sans doute pas découvert et développé cette facette sociale qui me plait tant. Facette qui me permet de vivre des expériences humaines fortes, tout en continuant à développer mes compétences en marketing dans un domaine niche et peu développé en Europe.

Niveau de poste

En France, comme dans une autre entreprise étrangère à Bangkok d’ailleurs, je serais sûrement positionnée plus haut dans la hiérarchie, mais le niveau de responsabilité serait le même. Dans les hôpitaux, c’est un peu particulier, le management est principalement constitué de médecins et d’infirmières. Il n’y a que peu d‘opportunités d’évolution quand on est étranger et de formation non-médicale. Ceci étant, cela n’empêche heureusement pas aux postes et aux conditions d’évoluer.

Je travaille 5j/semaine de 9:00 à 18:00 avec 1h de pause. J’ai dix jours de congés payés par an. J’avais commencé avec six ! En revanche, je suis heureusement autorisée à prendre des congés sans solde. On a beaucoup de chance en Thaïlande de pouvoir avoir une personne de confiance pour s’occuper des enfants à la maison. Je cours donc sans doute beaucoup moins qu’une maman parisienne (c’est ce que je me rabâche quand je commence à me plaindre…), mais je cours beaucoup tout de même !

En Thaïlande comme dans beaucoup d’autres pays d’Asie, les enfants sont élevés par les grands-parents pendant que les parents travaillent pour subvenir aux besoins de toute la famille. Les formes de travail restent très traditionnelles (pointage, horaires fixes, uniformes …). Bien loin du télétravail, temps partiel et casual Fridays !
Les congés maternités durent 3 mois à partir de l’accouchement (qui est généralement une césarienne programmée). Alors en cas d’accouchement naturel, on tient jusqu’au bout. L’entreprise paye 45 jours et la sécurité sociale thaï paye 45 jours plafonnés sur la base d’un salaire thaï. J’ai vu des jeunes mamans revenir au bout d’un mois et demi afin de toucher les 45 jours de la sécurité sociale plus le salaire. Les mentalités sont vraiment différentes."

No Rush!

En conclusion, mon conseil serait de ne pas vouloir aller trop vite. Essayer de prendre la température du pays, rencontrer du monde, afin de mieux comprendre comment ça fonctionne. Certaines personnes m’ont contacté juste pour prendre un café. J’apprécie la démarche. Parfois j'ai pu les diriger vers d’autres contacts, qui les ont dirigés vers d’autres contacts… petit à petit on connecte et on se fait connaitre. Vive le networking !

Ne pas avoir peur du parcours atypique c’est le discours qui créera la cohérence d’une carrière.

Ne pas se jeter sur le premier job venu ! J’en ai rencontré beaucoup qui, voulant travailler à tous prix, acceptaient de travailler pour des employeurs sans moyens et désorganisés. Cela représente la recette parfaite pour abîmer un ego et briser une confiance en soi (2 éléments essentiels à une recherche d’emploi productive).

Propos recueillis par Gaëlle GREGOIRE, responsable éditoriale d'Expat Value. 

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