Nadia Agoun et Adrien Ventre (étudiants BBA EDHEC) se sont lancés dans l'entrepreneuriat artisanal avec Garage Handshaping.

Publié le 17/11/2020
Garage Handshaping interview Nadia Agoun
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Qui es-tu ?

Je m’appelle Nadia, j’ai 21 ans, et je suis élève au BBA4 horizon entrepreneurship. Je suis passionnée par le domaine du Marketing et plus particulièrement de la Communication. Depuis longtemps j’aime créer des vidéos pour le plaisir et je me suis dis pourquoi ne pas partager ça sur les réseaux sociaux ?

Peux-tu nous expliquer en quelques mots comment est né le projet Garage Handshaping ?

Le projet Garage Handshaping est né lors du premier confinement. Il faut savoir que je travaille avec Adrien Ventre avec qui je suis aussi en couple et qui suit aussi le même horizon à l’EDHEC. Lui ce qu’il aime, ce sont les métiers manuels. Alors on s’est dit pourquoi ne pas essayer de créer un projet autour de notre passion commune, le surf, et qui nous permettrait de mêler deux choses qu’on aime.

Au départ, l’idée était vraiment de juste partager les étapes de fabrication d’une planche de surf en s’affirmant comme des débutants. On voulait créer une communauté de passionnés qui pourraient échanger en commentaire en partageant leurs avis et ressentis. Face à l’engouement suscité lors de la création de notre première planche, CIGALE, on s’est dit qu’on allait refaire une planche, puis une troisième, etc… Le projet a pris de l’ampleur alors nous avons créé un site internet, puis aménagé un atelier.

Aujourd’hui, on partage toujours nos conseils en ligne mais on propose aussi une offre de planche sur mesure et un service de réparations à Nice et alentours. Tout ça s’est fait crescendo, mais dans un laps de temps relativement court.

Décris-nous ton entreprise ?

Garage Handshaping nous permet de mettre en avant la beauté des métiers artisanaux, en l'occurrence le shape*, et on s'appuie sur le partage de la culture surf pour créer une communauté. Nous voulions vraiment prouver qu'il n'y a pas besoin d'avoir un niveau extrêmement élevé en surf pour réussir à se lancer, tant que la passion est là c'est tout ce qui est nécessaire. Nous voulions faire quelque chose qui nous ressemble, dynamique, spontané, et y inclure une dimension artistique. Les valeurs qu’on cherche à transmettre sont la simplicité, l’honnêteté, l’authenticité et on prône la transmission d’un savoir-faire qui se perd au profit d’entreprises industrielles. Bien sur, il y a le plaisir de proposer une offre "Made in Med". C'est un point important pour nous que d'affirmer notre identité du Sud, en nommant par exemple nos planches "Lavande", "Cigale", "Azur"... Fini le cliché de Brice de Nice qui attend désespérément sa vague ! On peut bel et bien surfer en Med !

*Un « shaper » est un artisan qui fabrique des planches de surf. Le « shape » est le process de fabrication qui consiste à donner forme à la mousse (nous partons d’un pain de mousse brute en polyester et nous le travaillons jusqu’à obtention des mesures souhaitées)

Pourquoi le made in France est important pour vous ?

Le Made in France pour nous est important déjà parce qu’on est contents de pouvoir prôner un savoir-faire français, en y ajoutant notre touche personnelle. Je pense aussi que le confinement nous a permis de réaliser à quel point on était dépendants de l’approvisionnement international et comment petit à petit le lien social disparaissait. Pas uniquement en ce qui concerne les planches de surf mais pour énormément de biens. Je trouve ça génial de pouvoir participer un temps soit peu à l’économie  de mon pays en privilégiant un circuit court et un vrai échange fabricant/ consommateur. Le but c’est de bâtir de vraies relations. Pour nous, c’est en cumulant ces petites initiatives qu’on peut avoir un vrai impact sur l’empreinte carbone. En plus, on arrive à mêler tout ça en mettant en avant la région qu’on aime !

Qu’est-ce que t’apporte le fait d’être associé avec Adrien ? Comment fonctionnez-vous ?

Avec Adrien on a plusieurs fois travaillé ensemble ; dans une ferme laitière en Australie, en tant que commis de salle au Lavandou, sur certains projets EDHEC. On était déjà conscients de l’efficience de notre duo et on savait comment fonctionner ensemble. On se complète très bien et on arrive à être efficace à deux.

Moi j’ai le côté rêveur et un million d’idées, lui il est doué pour me challenger et il sait garder les pieds sur terre. Une fois qu’on a définit l’idée et comment la réaliser, chacun apporte ses compétences. Adrien va chercher des nouvelles techniques de shape, de nouveaux design, et moi les couleurs de la créa, son nom, comment la mettre en avant.

Tu es plutôt sur la partie communication, quels sont tes leviers ?

Ce sont principalement les réseaux sociaux. Je voulais commencer par un outil avec lequel j’étais vraiment à l’aise et avec lequel je pourrais échanger facilement. Je savais que les photos que je fais sont un aspect du shape qu’on voit rarement donc il y avait un vrai potentiel pour se faire remarquer.

J’aimerais rapidement qu’on mette en place des évènements, dès que la contrainte de rassemblement ne sera plus en vigueur. Le but serait qu’on innove vraiment et qu’on donne une nouvelle impulsion à l’artisanat.

Quel premier bilan tires-tu de cette aventure entrepreneuriale ?

Aujourd’hui ça fait 8 mois que Garage Handshaping est lancé. Je pense que je n’ai jamais autant appris de choses que depuis que nous avons fondé ce projet.

Personnellement, j’ai pu vraiment compléter ma formation Marketing avec la pratique. Par exemple, j’ai beaucoup réfléchi à notre stratégie de marque ; je voulais qu’on ait rapidement une identité de marque et un story-telling fort, pour que notre communauté se reconnaisse à travers ce que nous partageons. Jamais je n’aurais pensé être capable de créer un site internet, pourtant, je me suis donnée les moyens d’apprendre à le faire.

Découvrir ce que c’est d’être entrepreneur c’est très enrichissant sur le plan personnel. On apprend à oser, à se dépasser. Il faut être capable de se remettre constamment en question. Être fier tout en restant humble.

Ne pas se démotiver face aux obstacles qui parfois semblent obstruer le chemin…

Adrien et toi êtes étudiants BBA EDHEC, en quoi cette formation vous aide aujourd’hui dans votre parcours d’entrepreneurs ? Que vous apporte ce parcours ?

Déjà, on a la chance de très bien connaître le fonctionnement d’une entreprise. Au cours de nos 4 ans, on a étudié différents services, différentes approches de l’entreprise.

Là où on se démarque vraiment c’est grâce au Marketing puisque nous avons tous les deux suivis cette filière. Je pense que c’est un grand avantage car on remarque que beaucoup d’artisans souffrent d’un manque de compétences en la matière, que ce soit au niveau du branding que de la présence digital. Ce n’est pas inné de développer une marque, il  faut certains outils pour étudier l’environnement et concrétiser ce que l’on a en tête. On a la chance d’être aidés par Enola Cecot et Nathan Nicolski. La première connaît très bien le monde de la glisse et nous a apporté son expertise pour mieux « vendre » le projet aux amateurs de surf. Nathan, lui, est le seul qui a une formation audit. Il nous aide pour les chiffres et il prend le temps de m’expliquer tout ce qui touche aux documents comptables pour que je puisse garder un oeil dessus. Au final à nous 4 on arrive à quasiment tout internaliser et là encore c’est un énorme gain de temps et d’argent !

Comment fais-tu pour poursuivre tes études tout en gérant ce projet entrepreneurial ?

Il faut beaucoup beaucoup beaucoup d’organisation! Certains passent leurs dimanches soir à préparer leur repas pour la semaine, nous on fait le point sur tout ce qu’on a à faire et on détermine le planning exact de comment est-ce qu’on doit le faire. Sinon on risque d’oublier un dossier à rendre, un rendez-vous important, où même de prendre du temps pour nous. C’est intense, mais si c’était facile tout le monde le ferait !

Quels conseils peux-tu donner aux étudiants qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je dirai que quand on a une idée, il faut oser ! L’avantage d’être étudiant et de se lancer dans l’entrepreneuriat, c’est qu’on n'a aucune autre contrainte que le fait d’être étudiant. Certains le voient comme un frein, notamment à cause du manque de moyens financiers disponibles, mais au contraire c’est une chance incroyable que de ne pas avoir de « vraies » obligations (comme une famille à gérer, un travail à temps plein, des échéances financières mensuelles …). Bien sur, cela s’accompagne de sacrifices. Il faut trouver un petit boulot à côté, on voit moins les copains, on invente des heures dans la journée.

Mais au final cela apporte tellement de maturité et de réalisation de soi, que je recommande l’expérience à quiconque a déjà voulu concrétiser une idée.

As-tu des attentes vis à vis de la communauté des Alumni ?

Début 2021, on aimerait refaire le site internet pour promouvoir nos produits un peu différemment et de façon plus professionnelle (tout en gardant notre côté authentique). Progressivement on aimerait proposer des collections et plus uniquement du sur-mesure. Puis on souhaite également creuser la dimension artistique, dans la continuité de la planche BINTANG réalisée avec Lea Vandeveld, artiste peintre qui utilise du maquillage recyclé.

En ce qui concerne la communauté Alumni, j’aimerais avoir leur retour sur le projet, surtout s’il y a des surfeurs anciens BBA ! Ce serait génial de pouvoir échanger.

Aussi nous faisons actuellement une levée de fonds pour affronter le contexte actuel. Je pense que l’atelier projet de l’EDHEC en a marqué plus d’un et que beaucoup savent à quel point il est dur de chercher des fonds. Alors si notre motivation et notre ambition les ont marqués, ils peuvent contribuer à notre campagne (surtout que les contreparties sont plutôt sympa ET livrées pour Noel !)

 

Plus d'infos:

Instagram : garage_handshaping

Les soutenir : campagne KissKissBankBank

 

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