André Poncelet, EDHEC 1940, doyen de nos alumni, nous raconte l'EDHEC à travers ses souvenirs

Publié le 16/12/2020
André Poncelet EDHEC Alumni 1940
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Challenge 100 cartes de vœux pour la 100e année d’André !

Pour remercier André de son témoignage et lui fêter une très belle 100e année, nous vous proposons de lui envoyer une carte de vœux avec un petit mot manuscrit ! Nous comptons sur toute la communauté des alumni pour qu'il en reçoive beaucoup et de tous horizons ! Ces cartes seront transmises à André par l'intermédiaire de sa famille. Afin de respecter les mesures sanitaires et de centraliser les réceptions, merci d'envoyer votre carte à :

EDHEC Alumni
A l'attention de Véronique Donaghy, Carte "André Poncelet"
24 avenue Gustave Delory, 59057 ROUBAIX CEDEX 1

 

 

André Poncelet est né le 24 mars 1921 à Lille. Venant du petit collège des jésuites Saint-Louis-de-Gonzague, rue Négrier, André a fait ses études secondaires au collège de Marcq-en-Barœul avant d’intégrer l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales du Nord (EDHEC) à la rentrée 1938 à l’âge de 17 ans.

Doyen de nos 46 000 alumni, André Poncelet, qui fêtera ses 100 ans en mars 2021, a accepté de partager cette partie de sa vie qui lui est chère pour transmettre, avec ses mots, l’histoire de l’EDHEC à travers ses souvenirs. Une histoire qui reflète déjà les valeurs et l'esprit de corps des étudiants EDHEC.

Parlez-nous de l’EDHEC en 1938…

Nous étions fiers d’être incorporés à la Catho dans l’école que nous appelions à l’époque HEC Nord. Nos locaux étaient situés dans l’annexe Albert Legrand et nous nous retrouvions tous au restau U et à la chapelle.

A la Catho, tout était grand. L’entrée des cours se faisait par la grande galerie donnant sur le boulevard Vauban. Les cérémonies avaient lieu dans la grande salle de l’Aula Maxima. Les messes en semaine avaient lieu dans la grande chapelle pour ceux qui le souhaitaient.

A quoi ressemblait votre promo ?

Les élèves étaient pour l’essentiel des fils de familles responsables de l’industrie et de l’économie de l’époque (Scalbert François, Dewavrin, Verley, Vienne, Desurmont, Dalle et Masurel), appelés à reprendre un jour ou l’autre les rênes de l’entreprise familiale, ce qui fut mon cas pour la maison Poncelet-Laloy. Il faut se rappeler qu’à cette époque, la région lilloise était un berceau de l’industrie française !

En cours, nous étions en « costume-cravate » et, pour les sorties, nous arborions la faluche traditionnelle en velours bleu foncé ceinte d’un ruban rouge et vert, le rouge du droit et le vert des lettres. La faluche était hérissée d’emblèmes, les étoiles d’ancienneté, le caducée de Mercure, la chouette d’Athéna, les blasons de la Ville, de la Région et des associations. Sans faire de politique, nous portions par dérision le parapluie de Chamberlain (NDLR : Arthur Chamberlain, Premier ministre britannique, avait souvent un parapluie à la main, une photo de la signature des accords de Munich en 1938 le montre avec l’un de ses fameux parapluie).

Photo de la promo en 1938, source : famille de monsieur Poncelet

Quels étaient les enseignements et les valeurs transmis par l’EDHEC ?

Les matières enseignées étaient les mathématiques, le droit, le commercial, l’économie politique (« éco-po »), la comptabilité, l’anglais et l’allemand. Nous avions un corps professoral remarquable, chapeauté par monsieur Delcroix.

Nous étions formés pour être de bons professionnels et de futurs patrons dans le respect des valeurs sociales de l’Eglise.

La « corpo » nous rassemblait dans une solidarité étudiante, d’autant plus soutenue que ma deuxième année se fit sous l’occupation allemande. Aux élections de la corpo, nous avions voté pour François Scalbert qui était particulièrement grand sous le slogan : « C’qu’Albert Le Grand a fait, le grand Scalbert le refera ». Il me semble que cette solidarité étudiante est toujours très présente à l’EDHEC et j’en suis ravi.

Quel impact la guerre a-t-elle eu sur votre vie étudiante et votre parcours à l’EDHEC ?

J’ai intégré l’EDHEC en octobre 1938. A ce moment-là, le contexte était très tendu même si la guerre avait été évitée grâce à Chamberlain et Daladier. La situation restait précaire. Des « bruits de guerre » nous atteignaient, c'était la fin de la guerre d'Espagne, l'annexion de l'Autriche avait déjà eu lieu. Le climat était très lourd. L'EDHEC était une des écoles qui acceptaient que ses étudiants fassent la Préparation Militaire Supérieure (PMS) (NDLR : la PMS était une préparation destinée aux jeunes étudiants aspirant à devenir officiers). Nous étions motivés pour la défense de la patrie ; nous étions d'ailleurs 40 sur les 50 étudiants de la promotion à avoir choisi de faire la PMS.

La première année s'est bien terminée, mais le 1er septembre 1939, l'annonce de la déclaration de guerre avec l'Allemagne est tombée. Malgré cela, la rentrée s’est déroulée normalement, les cours ont eu lieu, et nous avons passé nos examens de fin d'année. Seuls les plus âgés étaient mobilisés.

Une certaine résistance aux Allemands nous unissait. Je me souviens avoir défilé jusqu’à la Grand’ Place avec mes camarades, faluches en tête, pour réagir face aux prétentions de Mussolini réclamant Nice et la Savoie. En réaction, notre revendication était le rattachement de Venise à la France sous le prétexte humoristique que beaucoup de Français y avaient été conçus lors du voyage de noces de leurs parents !

Mais, en mai 1940, les Allemands ont attaqué et nous n'avons plus eu le choix (ils étaient alors à Bruxelles, à 50 km de Lille) : il a été conseillé à tous les étudiants de fuir pour ne pas être faits prisonniers.

Photo de la Préparation Militaire Supérieure, source : famille de monsieur Poncelet

Quel a été votre parcours pendant la guerre ?

Un camarade résistant m’avait déjà donné mon nom de résistance : André Soufflot, du nom de la rue de l’éditeur de nos livres de droit. Militant chrétien, je faisais partie, comme beaucoup de nos camarades, de la JIC (Jeunesse Indépendante Catholique). C’est d’ailleurs grâce à ce mouvement que j’ai rencontré ma femme, Marie-Jeanne Gaudin, une des responsables nationales de la JICF. Nous étions présents dans l’église Saint-Maurice pour écouter l’homélie du Cardinal Lienart, réagissant contre les règles du STO, entourés par les soldats allemands, armes au poing, à la sortie de la messe. (NDLR : le STO, Service du Travail Obligatoire a été instauré, par le régime de Vichy, en 1942-1943 pour réquisitionner et transférer vers l’Allemagne des centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré).

Une possibilité d’échapper au travail en Allemagne fut l’embauche dans les mines du nord. C’est ainsi que, sortant de l'EDHEC, mon premier travail fut galibot par 523 mètres de fond, dans les mines de charbon de Courrières (NDLR : « galibot » est le nom qui était donné aux jeunes employés aux travaux souterrains dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais).

Enfin, comme j’avais fait la PMS (préparation miliaire supérieure), je fus appelé en 1945, dans la première Armée Rhin et Danube, pour combattre en Allemagne sous les ordres du Maréchal de Lattre de Tassigny.

Qu’avez-vous fait après la guerre ?

Après-guerre, j’ai continué à suivre la formation militaire comme officier de réserve avec le grade de lieutenant. Je me suis (enfin !) marié avec Marie-Jeanne à l'église Saint Étienne de Lille le 9 octobre 1946 et nous avons eu 5 enfants.

En ce qui concerne ma carrière professionnelle, après mon expérience dans les mines, j’ai repris les affaires de mon père avec mon cousin et mon frère à la Maison Poncelet-Laloy dans le négoce du charbon puis du mazout, l’entreprise est devenue Nord Chauffe en 1970.

J’étais Directeur commercial de cette Maison mais également membre des DCN (Directeurs commerciaux du Nord). En parallèle, j’étais aussi administrateur de l’ASSOCHAR fondée par mon grand-père Oscar, négoce de charbon en gros et également administrateur bénévole du Crédit immobilier de Lille.

J’ai aussi quelques décorations :

  • Au titre de l'armée, je suis titulaire de la Croix des services militaires volontaires.
  • Au titre du Saint-Siège, je suis chevalier de l'ordre équestre de Saint Grégoire le Grand.

Quels sentiments vous laissent ces souvenirs qui remontent à la surface ?

Mon attachement aux anciens camarades de l’EDHEC m’a suivi toute ma vie. A 99 ans, je revois avec émotion ces souvenirs que cet entretien me permet de revivre. Aujourd’hui, ce n’est plus la même école ni le même monde, alors je suis très heureux de pouvoir transmettre cette mémoire à tous les étudiants.

Cette interview a été réalisée grâce à la famille d’André Poncelet, qui a pu recueillir son témoignage et le retranscrire avec ses mots. Un voyage dans le temps émouvant pour tous les membres de cette grande famille, mais aussi pour toute la communauté des alumni EDHEC.

#proudlyEDHEC

     

Photo de la carte d'étudiant d'André Poncelet, source : famille de monsieur Poncelet

 

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